Des technologies qui se démocratisent
L’impression 3D se démocratise. Hier l’affaire de sous traitants spécialisés (100 000 à 40 000€), aujourd’hui à la portée des bureaux d’étude (10 000€), demain… à la portée des particuliers ?
La technologies de certaines machines imprimant en matières plastiques n’est pas tellement plus complexe que celle d’une imprimante de bureau. De plus, la production en grande série pourrait faire baisser les coûts de manière importante. Quand à leur utilisation, il suffit de se procurer la matière première et des fichiers 3D prêt à l’emploi sur Internet. Des imprimantes 3D accessibles au grand public pourraient donc bien voir le jour dans la prochaine décennie.
A l’heure actuelle, des initiatives ont été menées par divers acteurs pour mettre ces technologies à la portée de tous.
L’imprimante 3D en kit, l’exemple de MakerBot.
MakerBot, c’est un professeur qui décide de monter sa propre entreprise pour mettre l’impression 3D à la portée de tous. Son imprimante 3D bas tous les records de prix. 1300$ à monter soit même. 2500$ montée par ses soins. Vous pouvez visualiser toutes les vidéos de Makerbot sur leur site. Ci dessous, un utilisateur qui s’en sert pour remplacer une patte cassée sur sa lampe. Bon, il faut savoir se servir d’un logiciel 3D. On peut parier qu’avec le temps on trouvera ces fichiers 3D en téléchargement libre sur Internet.
NB : n’hésitez pas à recharger cette page en appuyant sur la touche F5 de votre clavier si les vidéos n’apparaissaient pas.
L’imprimante 3D auto-réplicante. L’exemple de RepRap.
L’idée est séduisante. Permettre au utilisateurs de construire une imprimante 3D à partir de pièces créées sur une autre imprimante 3D et d’électronique disponible dans le commerce. Pour cela, il suffit de se documenter sur le Wiki de ReRap et de trouver un possesseur de RepRap qui soit prêt à vous imprimer les pièces nécessaires. Le prix de revient des RepRap ne cesse de baisser, à peine quelques centaines d’euros de matériel électronique à acheter à part. Si vous avez le courage de la monter, une RepRap peut vite devenir un investissement rentable.
Quel serait l’impact de la démocratisation de l’impression 3D sur l’économie ?
Si les imprimantes 3D deviennent accessibles au grand public, disons pour moins de 1000€, on peut s’attendre à une explosion du nombre de fichiers 3D prêt à imprimer disponibles en ligne et à ce que les utilisateurs préfèrent désormais imprimer certains objets plutôt que de les acheter. Un scénario probable pour cela est illustré dans cette vidéo.
Les objets qui seront régulièrement imprimés en 3D seront considérés comme « dématérialisés ». C.a.d. que leur support de diffusion ne sera plus que des fichiers 3D réplicables à l’infini par les utilisateurs.
Nous avons déjà pu observer l’effet de la dématérialisation des supports de transmission dans l’industrie du disque, des films, ou encore dans les médias.
Le premier effet est l’apparition d’une offre gratuite, sous la forme de fichiers pirates, mais aussi de fichiers gratuits créés par des amateurs, puis, par la suite, par les marque qui souhaitent attirer ainsi des clients chez elles.
Cette offre gratuite crée une pression concurrentielle importante sur les industries concernées, qui doivent adapter leur modèle économique ou disparaître. Si elles ont la possibilité de s’adapter, leur mix marketing s’en retrouve bouleversé.
Le prix : Il devient impossible de casser les prix pour prendre des parts de marché. Difficile de faire moins cher que gratuit. Un certain réseau social a bien essayé de payer ses utilisateurs, hein… Il est devenu une vraie poubelle à spams. Evidemment, la présence d’une offre gratuite oblige à tirer les prix vers le bas. Les industriels se retrouvent obligés de trouver des niches inoccupées -pas facile avec une offre gratuite présente sur tous les fronts, de distribuer gratuitement en comptant sur des apports tiers comme la publicité, les boutique de fan, les services premium, ou d’adopter une politique de prix faible et à faire du volume pour compenser. Cela s’accompagnant bien évidemment d’avantages concurrentiels à créer pour compenser le faible prix à payer.
La distribution : Mi ange – mi démon. La nouvelle distribution est, d’une part, le pire ennemi des industriels. En effet, il est très facile pour n’importe qui de diffuser des fichiers sur Internet. L’offre gratuite profite donc largement de cet effet. Elle est, d’autre part, un excellent allié pour les industriels. En effet, si tout le monde peut distribuer, il est possible de créer des modèles de distribution plus efficaces que ceux mis en oeuvre par les amateurs en s’en donnant les moyens. Le meilleur exemple c’est le dispositif Apple Store/iTunes/iPhone mis en place par Apple. Il suffit d’acheter le fichier dans l’Apple Store et il se retrouve synchronisé sur votre PC et tous vos appareils Apple. Si vous vous étiez procuré ce fichier via un site où il est disponible gratuitement, vous auriez du le copier sur tous les supports à la main. La facilité offerte par le dispositif d’Apple deviens un service, un argument concurrentiel qui convainc notamment ceux qui ont les moyens de se l’offrir et qui n’ont pas beaucoup de temps pour gérer leurs fichiers.
La communication : Si l’offre gratuite bénéficie des effets de buzz et de référencement naturel, provoqués par l’engouement spontané d’un certain nombre d’utilisateurs pour un contenu, l’offre payante a l’avantage de posséder les moyens pour cadrer leur communication. Les marques savent désormais très bien tirer partit des réseaux sociaux et montent des campagnes trans-média, parfois très coûteuses, pour toucher le plus efficacement possible leur public cible.
Le produit/service : last, but clearly not least. Nous avons vu dans les années 50, lorsque l’offre à dépassé la demande, à quel point la perception qu’à l’utilisateur du produit ou du service est importante en contexte concurrentiel fort. Alors qu’il suffisait de mettre un produit sur le marché pour qu’il se vende, il faut désormais se démarquer de ses concurrents pour trouver sa place sur le marché en apportant des avantages spécifiques à ses utilisateurs. C’est à cette époque que sont nés le marketing stratégique du produit et le design. Le métier du marketing stratégique du produit est de faire le tri dans les avantages utilisateur identifiés et d’y positionner le produit pour qu’il trouve son marché. Le métier du design est de transcrire ces idées dans la réalité en dessinant ce que se sera le produit (dessiner à dessein) et d’imaginer des avantages produits innovants. Cela consiste, en quelques mots, à savoir répondre au besoin, le devancer, créer une poésie, la rendre cohérente avec l’univers de la marque, soigner les usages -utilité, efficacité, utilisabilité, simplicité- et s’assurer de la qualité technique en collaborant intelligemment avec les ingénieurs. Face à l’offre gratuite qui crée tous azimuts, parfois avec d’excellentes idées, un produit payant devra plus que jamais soigner sa conception dans tous ses aspects pour sortir du lot.
Si l’offre gratuite a provoqué le déclin d’un certain nombre d’entreprises au modèle économique traditionnel, elle a aussi provoqué l’apparition de nouvelles entreprises qui bénéficient au contraire de son effet.
- Les premiers sont bien évidemment les fournisseurs de matériel lié aux nouveaux modes de diffusion du support. Les fabricants de disque dur, de baladeurs dans le cas de la musique… Dans le cas de l’impression 3D il faudra bien sûr compter les fabricants des machines et les fournisseurs de matière première. On espère au passage que le plastique utilisé par ces imprimantes sera rapidement abandonné pour des matériaux plus respectueux de l’environnement.
- Viennent ensuite les fournisseurs de service adaptés à cette nouvelle donne. Google, en grand gagnant, comme le portail donnant accès à tous types de contenus stockés sur le web. Les réseaux sociaux aussi, mais également tout un tas de plateformes spécialisées. Deezer, Spotify, iTunes, remplacent peu à peu la distribution traditionnelle. YouTube est installé sur le créneau de la distribution de contenus vidéo gratuits. D’autres tentent avec succès des modèles économique totalement innovants, comme MyMajorCompany qui propose de faire découvrir et de promouvoir de nouveaux artistes nés du web. Certains sont des anciens joueurs, comme le journal Le Monde, dont la direction a été la première surprise de la rentabilité de son service de diffusion en ligne lemonde.fr.
- En réduisant les coûts, le web permet aussi de s’installer plus facilement sur des marchés de niche, à condition de se démarquer franchement et d’être capable de provoquer une sympathie, une adhésion particulière, auprès de son public cible. C’est le pari lancé par le journal en ligne OWNI, qui a tout du moins su convaincre ses investisseurs.
- Enfin, comptons avec les particularités du monde du produit matériel. Ce n’est pas donné à tout le monde de créer les modèles 3D qui serviront à l’impression. Certes, il sera possible d’en trouver des centaines en téléchargement libre, mais que se passe-t-il si l’utilisateur a un besoin particulier pour un produit qu’il ne trouve pas sur le net ? Cela peut être de recréer / réparer un objet, comme dans la vidéo du début de cette partie, cela peut être aussi un produit lié à un besoin particulier. L’accès du grand public aux imprimantes 3D marquera probablement l’apparition de nouveaux métiers d’assistance personnelle à la conception et de nouveaux logiciels de création 3D simplifiés.
Enfin nous verrons probablement apparaître des modèles basés sur les échanges de services entre les utilisateurs, pris sur leur temps libre. Vous avez besoin de réparer un objet ? Peut être que votre voisin, quelqu’un sur un forum, pourra vous aider ? Vous avez une bonne idée ? Cela ne coûte rien de la partager sur les réseaux sociaux. Ces modèles seront certainement le vivier des nouveaux métiers. Quelqu’un qui se voit régulièrement sollicité pourra envisager de professionnaliser son activité.
[...] La partie 2 traite plus précisément de la démocratisation des technologies d’impression 3D, avec des exemples comme celui de MakerBot ou de RepRap. Il évoquera aussi ce qu’implique pour l’économie, au regard des précédents comme celui de l’industrie du disque, du cinéma, la possibilité donnée aux utilisateur d’imprimer leurs propres produits. [...]
Si vous me permettez une petite précision
Certes en France on est peut-être pas énormément nombreux (il y a quand même pas mal de machines en circulation), mais surtout : aujourd’hui il faut 15-18h pour imprimer les pièces d’une RepRap, et on peut en assembler une pour ~350$ : ce n’est plus le prix la barrière pour atteindre le grand public, plutôt l’environnement logiciel et l’utilisation, mais tout le monde peut apprendre, tout est sur Internet et on aime bien partager (par comparaison historique on est pas loin des ordinateurs qui ont précédés les PC).
Et Makerbot sont très forts pour marketer leur kit mais niveau records la communauté qui s’est formée autour du projet RepRap est imbattable.
« on peut s’attendre à une explosion du nombre de fichiers 3D prêt à imprimer disponibles en ligne »
C’est ce qui se passe, là, maintenant, il suffit de jeter un oeil sur thingiverse.com (pour le coup un truc bien de makerbot). Il y a quelques années on pouvait passer une fois par semaine ça suffisait pour suivre les nouveaux projets, aujourd’hui ça peut-être une-deux fois par jour.
Mon meilleur exemple je le porte sur moi en permanence : une monture de lunettes faite sur-mesure (http://flic.kr/p/9Upv9Y), et en plus elle m’aura rapporté quelques euros via Flattr.
Alors en effet tout va changer, et c’est d’autant plus chouette de pouvoir vivre cette transition
Merci Emmanuel. Pour la Rep Rap, tu a testé le temps d’impression ? J’ai vu le chiffre de 70H sur un topic en réponse à quelqu’un qui cherchait un volontaire pour lui faire les pièces.
Je suis d’accord, la Rep Rap est certainement la plus intéressante pour les passionnés. Makerbot a une approche qui laisse entrevoir des horizons grand public, ce qui n’en est pas moins intéressant.
15-18h c’est le temps qu’il me faut pour imprimer l’ensemble des pièces pour une Prusa-Mendel (et environ 8h pour une Huxley), mais 70h semble pas loin de ce qu’il fallait au début pour une Mendel classique
(et merci pour la monture ^^)
Super la monture au passage ! Typiquement le genre d’objet qui peut passer très vite en mode « je le personnalise et je l’imprime moi même ».
Bonjour,
Nous montons une imprimante 3D RepRap Mendel.
On aimerait connaitre le temps moyen pour imprimer une pièce d’environ 10x10x10cm.
Merci d’avance.
Bonjour, pour se faire une bonne idée du temps moyen pour imprimer une pièce sur RepRap Mendel le mieux reste de demander aux utilisateur de la Mendel ce qu’ils ont comme exemples : http://forums.reprap.org/